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Expulsion de Jeff, jeune Nigérian scolarisé depuis deux ans en France

Jeff, histoire d’une expulsion

Le quatrième lycéen sans-papiers expulsé durant l’été 2009

Un de nos amis nous signale qu’il a réalisé une interview réalisée au Nigeria de Jeff Babatunde Shittu, expulsé en 2006.

Plus d’infos sur le sujet :
Acharnement contre Jeff (Communiqué RESF)





Dépêche AP

PARIS - mercredi 30 aout 2006 à 20h50

Jeff Babatundé Shittu, ce Nigérian de 19 ans qui préparait à Paris un diplôme professionnel, a été renvoyé mercredi vers Lagos. Arno Klarsfeld, médiateur dans le dossier des sans-papiers scolarisés en France, avait un temps soutenu le jeune homme, qui dit craindre pour sa sécurité au Nigeria, avant de juger son expulsion légitime.

Jeudi dernier, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a affirmé que Jeff a menti pour justifier son arrivée en France. Le jeune clandestin assure que sa mère a été assassinée pour des raisons politiques dans l’Etat nigérian d’Ogun en 2004. "Tel n’est pas le cas", a souligné le président de l’UMP qui a donc décidé de poursuivre la procédure d’expulsion.

Le jeune Nigérian était scolarisé depuis deux ans en France, hébergé par la famille d’un de ses professeurs du lycée Dorian, dans le 11e arrondissement de Paris. Originaire d’un pays anglophone, il avait rapidement appris le français. D’après ses enseignants, il avait de bons résultats scolaires.

Il a cependant été placé en rétention à Vincennes le 4 août dernier. Alerté sur ce cas, Arno Klarsfeld notait trois jours plus tard que la mobilisation de ses professeurs en sa faveur témoignait de son intégration. "Ayant construit un présent harmonieux en France, gage d’avenir, il devrait être autorisé à y demeurer", considérait alors le médiateur nommé par Nicolas Sarkozy.

Le maire (MRC) du 11e arrondissement de Paris, Georges Sarre, a proposé un contrat de travail au jeune Nigérian et le député (PS) du 11e Patrick Bloche l’a parrainé.

Mais Nicolas Sarkozy a voulu que la procédure "d’éloignement" se poursuive, affirmant que le jeune clandestin avait menti sur l’assassinat de sa mère et les risques qu’il dit courir au Nigeria.

Mercredi matin, Jeff a été placé à bord d’un avion "parti" à destination de Lagos, a déclaré son avocat, Me Christophe Pouly, joint au téléphone par l’Associated Press. "Il y avait un recours en cours", a affirmé l’avocat qui avait déposé une "demande de sursis à exécution" et avait "reçu une convocation de la cour administrative d’appel de Paris pour vendredi après-midi 15h45".

"La convoc’ est tombée hier ; ils l’ont mis dans l’avion ce matin", a dénoncé Me Pouly, en jugeant ce procédé "totalement déloyal". "Ça traduit une défiance à l’égard des juges, un mépris à l’égard des étrangers et du droit". Selon lui, "l’administration a dû sentir que la légalité de sa décision était douteuse".

Dans l’avion, "de nombreux passagers" ont protesté contre l’expulsion de Jeff mais la police a fait irruption à bord et a arrêté deux personnes, a rapporté la Ligue des droits de l’Homme dans un communiqué.

Jeff est le quatrième lycéen sans-papiers expulsé cet été, selon la LDH.

L’expulsion du jeune homme a suscité nombre de protestations.

Dans un communiqué, le maire (PS) de Paris Bertrand Delanoë a dénoncé une "décision inutile et injuste", ajoutant que le ministre de l’Intérieur avait "refusé le geste humanitaire qu’on attendait de lui".

Le maire (MRC) du 11e arrondissement, Georges Sarre, en a appelé, lui, "solennellement" au président Jacques Chirac "pour qu’il annule cette expulsion".

L’organisation syndicale lycéenne FIDL a condamné "ce coup de force" du ministre de l’Intérieur, dont la politique "prétendue ferme, se trouve être avant tout injuste et autoritaire", et a prévenu que la "mobilisation autour de Jeff se poursuivrait".

L’association SOS Racisme a elle aussi fait part de son "indignation", avertissant que Nicolas Sarkozy avait franchi une "ligne rouge", "celle qui consiste à détruire la vie d’une personne à des fins électoralistes et personnelles".

Par ailleurs, Muriel Resal, professeur de français au lycée Dorian où était scolarisé le jeune homme, a rapporté que des enseignants de l’établissement appelaient à un rassemblement vendredi, jour de la pré-rentrée, à 9h, autour d’une chaise vide, celle de Jeff, avec pancartes, panneaux, afin d’exprimer leur "indignation" et leur "résolution" à se "battre pour tenter de faire annuler cette décision indigne".

AP

cb/cov/com/lp/cr