A LIRE : Kamerun, Y’a bon les colonies

Alain Ruscio, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsita

Y’a bon les colonies ? La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, l’identité nationale et l’immigration d’Alain Ruscio vient de se voir décerner, ex æquo avec Kamerun, la guerre cachée de la France en Afrique Noire (1968-1971) de Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsita, le Prix du Livre Anticolonial 2011.

Dimanche 20 février 2011 à 16h, le Prix du Livre Anticolonial 2011 sera en effet remis aux deux lauréats ex æquo :

• Y a bon les colonies. La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, l’identité nationale et l’immigration, Alain Ruscio (éd. Le Temps des Cerises, 2011)

• Kamerun, la guerre cachée de la France en Afrique Noire (1968-1971), Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita (éd. La Découverte, octobre 2010).

Y’a bon les colonies

Y’a bon les colonies ? La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, l’identité nationale et l’immigration d’Alain Ruscio.

Ce nouveau livre d’Alain Ruscio se présente comme une galerie de portraits au vitriol. C’est un dictionnaire de personnalités ayant une certaine importance sur la scène politique française, et qui se distinguent par un discours empreint d’un néo-colonialisme latent ou d’une nostalgie du temps des colonies, teintés d’un racisme sous-jacent.

L’auteur montre que ces personnes, de François Copé à Éric Zemmour en passant par Brigitte Bardot, au delà de leurs sympathies politiques et de leur rôle dans la société française, tiennent un discours aberrant mais décomplexé et en apparence socialement admis.

Un livre qui fourmille d’informations souvent oubliées. Vous rappelez-vous, par exemple, qui a déposé le projet de loi dont l’exposé des motifs commençait ainsi :

« Durant sa présence en Algérie, au Maroc, en Tunisie ainsi que dans les territoires anciennement placés sous sa souveraineté, les apports de la France ont été multiples dans les domaines scientifiques, techniques, administratifs, culturels et aussi linguistiques. [...] »

Pour le cas où vous l’auriez oublié, vous trouverez le nom de l’auteur de ce texte mémorable à la suite du large extrait du livre d’Alain Ruscio consacré au “niqab”, repris ci-dessous – un “problème” révélateur de l’inconscient colonial français.

L’exemple de la question du voile intégral


[Extrait de Y’a bon les colonies ?]

En précisant d’emblée que tout est faux dans ce débat

A commencer par ce nom, burqa, qui lui fut attribué quasi unanimement. Or, ce mot désigne en réalité un très long manteau, raide, d’un bleu un peu terne, couvrant la totalité du corps féminin, y compris le front et le bas du visage, les yeux n’apparaissant que masqués par une sorte de grillage ; en usage en Asie centrale, en particulier en Afghanistan, il n’est à notre connaissance – et heureusement – jamais apparu dans les rues des villes de France. Le ministre de l’Intérieur lui-même l’a dit : « Le port de la burqa afghane, qui se distingue des autres effets féminins islamiques par la dissimulation complète du corps mais aussi des yeux, cachés par une grille de tissu, n’est pas attesté en France » [1]. Ce qui a fait une apparition spectaculaire, ces longs manteaux noirs, couvrant tout le corps et la moitié des visages a été identifié par les spécialistes comme des Niqabs, en usage, avant d’apparaître en Europe, seulement au Moyen-Orient.

On se trouve donc dans cette situation invraisemblable : tout le monde, ou presque – et le président de la République le premier, dans le cadre le plus solennel qui soit [2] – a courageusement interdit la présence d’un vêtement… que personne n’a vu sur notre territoire, qui n’existe pas en France. Détail ? Erreur factuelle sans conséquence ? On sait qu’en matière de vocabulaire, rien n’est jamais neutre. Donc, interrogation : pourquoi faire appel à un mot afghan ? La réponse est complexe : on peut miser sur un mélange entre volonté de manipulation des uns, ignorance et suivisme des autres. Pour les plus avertis, en tout cas il y a eu volonté manifeste de susciter une association d’idées avec les Talibans. Or, on le sait, ceux-ci ne sont pas seulement les modèles de l’intégrisme le plus rétrograde, ils sont en guerre contre la France. Porter la soi-disant burqa, ce n’est pas seulement défier la laïcité, c’est porter le vêtement de l’ennemi, celui-là même qui symbolise la féodalité que combattent nos soldats ; c’est donc déclarer la guerre à la France ; l’interdire est acte de simple légitime défense. CQFD.

Fausse également, ou pour le moins disproportionnée, la mobilisation nationale – on évite d’écrire : la croisade – pour mettre un terme à un phénomène quantitativement marginal : le 29 juillet 2009, le ministère de l’Intérieur publia la première étude sur le phénomène : 367 femmes, sur tout le territoire, porteraient le niqab [3] Chiffre évidemment minoré. Fin décembre, Brice Hortefeux fut amené à donner des chiffres plus proches de la réalité : sur le territoire de la métropole, il y aurait 1.630 femmes qui porteraient le niqab. Un quart de ces femmes seraient des converties (chiffre qui devrait faire réfléchir : les nouveaux adeptes en rajoutent toujours sur les normes du groupe auquel ils adhèrent). Au total, toujours d’après le ministre, le voile intégral concernerait 3 cas pour 100.000 habitants [4]. Même en admettant que ce recensement soit partiel, la France (politico-médiatique) entière est en train de s’enflammer pour quelques milliers de jeunes femmes.

Question (faussement) naïve : étant donné le nombre de lignes consacrées depuis une année à ces femmes, combien faudrait-il d’encyclopédies si on en écrivait, en proportion, autant sur les 4 millions (chiffre officiel) de chômeurs ? Question que l’espiègle Canard traduisait à sa façon : « La droite agite le voile en tous sens : Cette histoire de burqa, qu’est-ce que ça cache ? » [5]. Doute partagé par bien d’autres journalistes [6] , ne désespérons pas de cette corporation.

Sans céder à la théorie du complot, avouons que la chronologie est troublante

En 2007, un premier Appel est signé de Jacques Myard (député UMP), Philippe Esnol (maire PS de Conflans Sainte-Honorine), Yvette Roudy (ancienne ministre PS), Corinne Lepage (ancienne ministre) demandant l’interdiction sur l’espace public de « certaines tenues telles que la “burqa“ » [7]. A l’été 2008, une nouvelle affaire ravive le débat sur les signes ostentatoires d’appartenance religieuse. Une jeune Marocaine, mariée à un Français converti – un salafiste – refuse d’ôter son niqab lors des entretiens nécessaires à l’obtention de la nationalité française. Laquelle lui est refusée. L’arrêt du Conseil d’Etat est rendu le 27 juin 2008. Le 11 juillet, la presse évoque l’affaire. Libération titre en Une, avec une photo montrant une femme dont on ne voit (à peine) que les yeux : « La France ou la burqa » [8]. La France ou la burqa ! Il fallait donc choisir ! Si les mots ont un sens, cela signifie qu’accepter le port de ce voile par quelques milliers de personnes serait remettre en cause l’existence même d’une nation multiséculaire !

Mais c’est surtout l’initiative, en juin 2009, du député André Gérin, PCF, mais avec le soutien de parlementaires de tous les groupes, qui déclenche la vague. On a alors l’impression que le monde politico-médiatico-intellectuel s’emballe. C’est à qui poussera le collègue-rival du coude pour mieux montrer (exhiber ?) son opposition farouche à l’intégrisme, pour mieux mettre en valeur son courage, sa volonté de résistance à la vague montante qui risque d’emporter nos valeurs. L’un est pour l’interdiction dans les espaces publics. Ah ! mais pardon, réplique l’autre, ce n’est pas suffisant ! Il faut priver toute femme qui porte cette marque d’infamie de la nationalité française. Un troisième triomphe : Et les allocations familiales ? Vous n’y aviez pas pensé, hein ? Sans compter le Président, qui là comme ailleurs veut montrer qu’il est le chef et ne peut s’empêcher de donner son avis. Désagréable impression de cour de récréation : Moi, m’sieur, j’en fais plusss que les autres…

Un historien des idées, à l’avenir, observera sans doute avec quelque surprise le débat français de ces années 2009-2011 : il n’y a pas eu, durant d’interminables mois, un jour sans déclaration des politiques de tous bords, tribune libre des principaux intellectuels, édito des grandes plumes de la presse, qui n’évoque la burqa. La Mission parlementaire a mobilisé une vingtaine d’élus durant plusieurs mois, a auditionné plus de 200 témoins, pour déboucher sur un rapport-fleuve de 644 pages.

Et quelles déclarations ! C’est à la notion de Choc des civilisations que font appel les tenants de l’interdiction, parfois avec des mots qui prêtent à sourire. Le patron de la Commission d’enquête, Gérin, donne le ton : « Nous sommes tous deux [avec Raoult] des soldats » [9] … « Nous sommes face à un problème, non franco-français, mais géopolitique. Allons-nous rester passifs face à un obscurantisme porteur d’un recul de civilisation ? » [10] … Un autre membre de la Commission : « Le port du voile intégral a deux sources principales, le salafisme et l’idéologie talibane. Ce sont, surtout la seconde, des barbaries. Négocie-t-on avec la barbarie, ou la combat-on ? » [11] (Jean Glavany )… Des journalistes et essayistes leur emboîtent le pas : « La ligne de front, pour nous, c’est la burqa » [12] (Christian Barbier ) ; face à la menace que notre pays devienne un « Talibanistan », il nous reste « un seul devoir : celui de résistance » [13] (André Bercoff )…

Soldats… combat… ligne de front… résistance… : vocabulaire de guerre.
Obscurantisme… barbarie… : vocabulaire de croisade

L’image est venue à la rescousse. Que de reportages télés, que d’enquêtes-photos, que de caricatures de presse, que de Unes de presse, présentant ces ombres noires dans la rue, au marché, à la maison ! Pour les hebdos de grande diffusion, on ne peut pas dire que les maquettistes ont été en ce domaine très créateurs. A chaque fois, ce fut une femme voilée, en gros plan, qui fit la couverture : Le Figaro-Magazine (Titre en surimpression : « Enquête sur l’islam radical en France. Qui sont ces femmes qui portent le voile intégral. Pourquoi les salafistes inquiètent la République » [14]) ; Le Nouvel Observateur introduisit une légère variante : ce fut le visage de la chanteuse Diam’s, dont on venait d’apprendre qu’elle portait le voile (absolument pas intégral) qui apparut, comme recouvert par un papier opaque déchiré, ne laissant voir que les yeux (Titre : « Enquête : La France et ses musulmans. Qui sont-ils ? Pratiquants, croyants, laïques » [15]) ; Le Point ne voulut pas être doublé : il suscita plus d’angoisse encore, le visage présenté en couverture ne laissant apparaître qu’un œil ; encore la femme photographiée avait-elle une main gantée de noir qui tenait le voile, au-dessus de cet unique orifice, comme pour menacer de le fermer à son tour (Titre : « Burqa, ce qu’on ne dit pas. Les dessous de la bataille politique. Les confidences de sept femmes qui se cachent sous le voile intégral » [16]) ; enfin, Le Monde Magazine innova en présentant la seule femme qui ne regardait pas en face le lecteur, mais qui portait ses yeux vers l’horizon ; en adoptant également le vrai mot (Titre, plus sobre : « Niqab, un autre regard » [17]).

Même chose à la télévision. Les jeunes femmes portant le voile intégral ont été l’objet de nombreux reportages, souvent en ouverture de journal télévisé, lors du pic d’écoute : faisant des courses, marchant dans la rue, à la sortie de l’école, chez elles… Il y eut même des abonnées. Ainsi d’une certaine Kenza Drider, seule femme intégralement voilée à avoir été auditionnée par la Mission parlementaire. Le 19 décembre 2009, sur le plateau de l’émission Revu et corrigé (France 5), Paul Amar présenta son témoignage comme « exclusif ». Bien. Mais cette jeune femme réapparut le 29 janvier 2010 (émission Cactus, Paris-Première), le 3 février (émission L’objet du scandale, la bien nommée, France 2, où Guillaume Durand reprit l’adjectif « exclusif » [18]). Sans compter son passage sur les ondes [19] ou les articles qui lui furent consacrés dans la presse, avec évidemment, là encore, des photos [20]. Plus discrète, effrayée sans doute par les caméras, une autre femme voilée, Yasmina, se fit croquer en direct par le président du groupe le plus nombreux à l’Assemblée nationale, sûr de lui, légèrement protecteur, sous le regard d’un animateur-bateleur, imaginant déjà le bon score de l’Audimat [21].

Le degré zéro du débat, confinant au ridicule, fut sans doute atteint avec l’affaire Bérangère Lefranc. Cette Française, qui se présente sur son Site comme artiste vestimentaire, eut l’idée de se faire confectionner un tel vêtement. Mais attention, pas un vulgaire niqab en toile : « un magnifique costume de lin violet – sa couleur préférée – fabriqué par une amie créatrice » nous apprit Le Parisien [22]. Elle en fit un livre, opportunément sorti des presses en plein débat passionné. Cette femme, en promotion comme n’importe quel chanteur ou acteur, fut évidemment invitée à la télévision (Grand Journal de Canal +, C dans l’air, sur France 5…), à la radio (invitée de Marc-Olivier Fogiel sur Europe 1, de Christophe Hondelats sur RTL…). Vous vous rendez compte, elle avait porté le niqab ! Elle avait, un temps, franchi la frontière que les sépare de nous ! Ainsi, du temps de nos grands-parents, étaient vénérés les explorateurs qui revenaient de chez les barbares. Ce n’était plus la société du spectacle, c’était la société de la débâcle.

On est parvenus à ce paradoxe : ce sont eux, les adversaires intraitables de ce vêtement, partisans de le proscrire, qui l’ont le plus montré ! Jusque dans les quartiers où il n’était jamais apparu, jusque dans le plus petit village sans le moindre musulman, les Français-qui-se-croient-de-souche ont pu voir les Unes des magazines – sans compter les passages télé –, en auront consommé jusqu’à saturation. Jamais les fondamentalistes n’auraient imaginé autant de publicité !

Que l’on nous comprenne bien : il ne s’agit pas de minimiser la forme d’enfermement, de mutilation que représente chaque cas de port de ce voile. L’auteur de ces lignes n’est pas moins révolté, mal à l’aise, que d’autres lorsqu’il croise dans la rue, dans les magasins, ces fantômes errants. Il n’y a pas d’un côté les militants laïques intransigeants, érigeant contre vents et marées une barrière protectrice de la République, et de l’autre des alliés honteux ou idiots utiles de l’islamisme, prêts à sacrifier cette même République sur l’autel d’un multiculturalisme aux contours flous. Loin de nous également l’idée d’assimiler toute prise de position en faveur de l’interdiction du niqab à de l’esprit colonial rentré ou à de l’islamophobie.

Mais ce qui choque, c’est la disproportion entre l’apparition de cas individuels, explicables autant par le sens de la provocation que par l’attachement à une religion (le travail d’un psychanalyste nous serait sans doute bien utile pour comprendre), et l’incroyable escalade verbale à laquelle cette apparition a donné lieu. Nous partageons de ce point de vue l’opinion toute en nuances de Raphaël Liogier, Directeur de l’Observatoire du religieux (Science Po Aix-en-Provence) : « L’idée de République semble se réduire de jour en jour au profit d’une chasse nationale – voire nationaliste – aux boucs émissaires ». Toute interdiction, conclut l’auteur, aboutirait à un effet contraire à celui – sincèrement – escompté : « Nous favoriserions par islamophobie et sans doute par racisme le fondamentalisme qui se nourrit essentiellement de ce genre de frustration » [23]. Nulle personne sensée ne peut repousser d’un revers de main cette objection.

Ce qui vient d’être affirmé pour le niqab vaut bien sûr pour la polygamie, phénomène dont tout montre qu’il est, sinon marginal, du moins quantitativement non significatif : 10 à 20.000 familles [24] (10 à 20.000 de trop, c’est évident). Il n’a pas fallu moins de deux académiciens, historiens de surcroît [25], pour sonner l’alarme, comme si toutes les familles musulmanes étaient, au moins, soupçonnables de telles mœurs. Suivisme ou conviction, des politiques leur emboîtèrent le pas. Sait-on par exemple que les présidents actuels de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et du Sénat, Gérard Larcher, hommes affables, peu réputés pour leur extrémisme, dirent solennellement les mêmes sottises [26] ? Là encore, le chef a montré l’exemple : « Quand on habite en France, on respecte ses règles, c’est-à-dire qu’on n’est pas polygame… » [27].

Alain Ruscio

Notes :

[1] Intervention, Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national, audition du 16 décembre 2009, Compte-rendu n° 18, Site Internet Assemblée-nationale.fr

[2] Discours, Congrès, Versailles, 22 juin 2009, presse française, 23 juin

[3] Le Monde et Libération, 30 juillet.

[4] Brice Hortefeux, Intervention citée

[5] Titre en Une, 13 janvier 2010

[6] Voir Daniel Schneidermann (Libération, 1er février 2010), Jack Dion (Marianne, 3 janvier 2010), Christophe Alévêque (Siné Hebdo, 20 janvier 2010), Didier Fassin (Télérama, 27 janvier 2010), etc.

[7] Appel « Halte au voile », 21 novembre 2007 ; presse française, 22 novembre.

[8] 12 juillet 2008.

[9] Le Monde, 24 janvier 2010.

[10] Intervention, Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national, audition du 21 octobre 2009, Compte-rendu n° 9, Site Internet Assemblée nationale.fr

[11] Id.

[12] L’Express, 24 juin 2009

[13] Le Monde, 13 janvier 2010.

[14] 7 novembre 2009

[15] 17 décembre 2009.

[16] 21 janvier 2010.

[17] Supplément au Monde, 30 janvier 2010.

[18] Pratique dénoncée par Marianne, 13 février 2010.

[19] RMC, émission Bourdin & Co, 16 décembre 2009.

[20] La Provence, 29 novembre 2009, Le Dauphiné, 9 février 2010.

[21] Emission Salut les terriens ! Télévision, Canal +, 9 janvier 2010, animée par Thierry Ardisson.

[22] Florence Deguer, 28 janvier 2010.

[23] Le Monde, 13 janvier 2010.

[24] Site Internet LDH Toulon

[25] Hélène Carrère d’Encausse et Max Gallo.

[26] Site Internet NouvelObs.com, 16 novembre 2005.

[27] Nicolas Sarkozy, Déclaration, TF 1, 5 février 2007. Voir la citation complète dans la notice qui lui est consacrée.

C’est bien Michèle Alliot-Marie !

C’est Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense du gouvernement Raffarin, qui a déposé le 10 mars 2004 le projet de loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » [M1].

Et, comment ne pas rappeler les propos qu’elle a tenus devant l’Assemblée nationale, mardi 12 janvier 2011 – ils sont trop récents pour figurer dans l’ouvrage d’Alain Ruscio.

Quelques jours avant la chute de Ben Ali, Michèle Alliot-Marie, actuellement ministre des Affaires étrangères, a en effet suggéré que "le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type".

"C’est la raison pour laquelle nous proposons effectivement aux deux pays [l’Algérie et la Tunisie] de permettre dans le cadre de nos coopérations d’agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité." [M2]

Notes :

[M1] Projet de loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés : http://www.assemblee-nationale.fr/12/projets/pl1499.asp

[M2] « Tunisie : les propos "effrayants" d’Alliot-Marie suscitent la polémique », LEMONDE.FR, 13.01.11 18h23.

Alain Ruscio
Y’a bon les colonies ?
La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, l’identité nationale et l’immigration
Editions Le Temps des Cerises, février 2011, 230 pages, 16 €

Kamerun

Kamerun ! une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971.

De 1955 à 1962, la France a livré une guerre totale aux indépendantistes camerounais. Une véritable guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts, à 5 000 km de la métropole, loin des regards d’une opinion fascinée par les événements d’Algérie. Une guerre qui s’inscrit dans la lignée des pires conflits coloniaux [1].

Aujourd’hui encore, peu de Français savent que leur armée fut engagée pendant sept ans au Cameroun, pour éradiquer l’UPC, un mouvement rebelle. Une guerre que les autorités françaises persistent à nier, envers et contre tout.

En visite à Yaoundé le 22 mai 2009, François Fillon, interrogé sur cette guerre, avait même osé affirmer : « Je dénie absolument que des forces françaises aient participé en quoi que ce soit à des assassinats au Cameroun, tout cela c’est de la pure invention » [2].

En 750 pages, les trois auteurs mettent en pièce ce déni d’histoire. Le site associé au livre publiera progressivement des documents d’archives inédits, des extraits d’interviews de témoins et de responsables, politiques et militaires, camerounais et français, de cette guerre.

A la suite de la présentation du livre, vous trouverez ci-dessous deux des sept parties constituant l’introduction : « Aux origines du système néocolonial français en Afrique » et « La France contre le Kamerun ».

Notes :

[1] Voir la présentation du livre par David Servenay sur Rue89 : « Cameroun 1955-1962 : la guerre cachée de la France en Afrique » .

[2] Référence : http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/conference-de-presse-du-premier-ministre-au-cameroun

Extraits d’entretiens en vidéo

Quatrième de couverture

Pendant plus de quinze ans, de 1955 à 1971, la France a mené au Cameroun une guerre secrète. Une guerre coloniale, puis néocoloniale, qui a fait des dizaines de milliers de morts, peut-être davantage. Une guerre totalement effacée des histoires officielles. En France, où l’on enseigne toujours que la décolonisation de l’« Afrique française » fut exemplaire et pacifique. Et au Cameroun, où il est encore risqué aujourd’hui d’évoquer ce terrible conflit qui enfanta une redoutable dictature… C’est dire l’importance de ce livre, qui retrace l’histoire de la guerre menée par les autorités françaises contre l’Union des populations du Cameroun (UPC), le parti indépendantiste créé en 1948, et tous ceux pour qui la liberté et la justice s’incarnaient en un mot : « Kamerun ! ».

Pendant quatre ans, les auteurs ont enquêté en France et au Cameroun. Ils ont retrouvé de nombreux témoins : militaires français et camerounais, combattants nationalistes, rescapés des massacres… Dans les archives, ils ont consulté des milliers de documents et fait d’étonnantes trouvailles. Ils racontent comment furent assassinés, un à un, les leaders de l’UPC : Ruben Um Nyobè en 1958, Félix Moumié en 1960 et Ernest Ouandié en 1971. Et ils montrent comment l’administration et l’armée françaises, avec leurs exécutants locaux, ont conduit pendant des années une effroyable répression : bombardements des populations, escadrons de la mort, lavage de cerveau, torture généralisée, etc.

Plus de cinquante ans après la pseudo-indépendance accordée au Cameroun le 1er janvier 1960, cette histoire reste d’une brûlante actualité. Car c’est aussi celle de la naissance de la Françafrique, fruit du consensus colonial de la IVe République, puis de la diplomatie secrète de la Ve République. C’est l’histoire, enfin, d’un régime « ami de la France » en guerre perpétuelle contre son propre peuple : après vingt-deux ans de dictature sous Ahmadou Ahidjo et près de trois décennies de déliquescence sous Paul Biya, les Camerounais rêvent toujours d’indépendance et de démocratie.

Aux origines du système néocolonial français en Afrique

Kamerun !, pages 14-16.

La France, nul ne l’ignore, n’a pas quitté l’Afrique en octroyant l’indépendance à ses anciennes colonies. Elle est partie pour mieux rester. Pour rester cachée derrière des régimes qu’elle a elle-même installés, formés et consolidés, et qu’elle s’est arrangée à contrôler et à maintenir en place sur la longue durée. Des accords de coopération, civils et militaires, ont été signés entre ces partenaires inégaux pour moderniser, en les contractualisant, les liens de dépendance. Des accords de défense (largement secrets) ont également été paraphés pour permettre aux dirigeants des tout jeunes États indépendants de faire face aux menaces extérieures et, encore davantage, aux « troubles intérieurs » qui pourraient à l’avenir les faire vaciller et ainsi ébranler la nouvelle architecture de ce colonialisme réformé.

Le Cameroun occupe une place particulière dans ce système néocolonial. Non seulement parce qu’il est le seul pays du « pré carré » français en Afrique à avoir connu une rébellion armée conséquente, sous l’impulsion de l’UPC, au moment de l’indépendance, mais également parce qu’il est le premier – si l’on met de côté le cas particulier de la Guinée d’Ahmed Sékou Touré – à accéder à l’indépendance, le 1er janvier 1960. Le Cameroun apparaît alors comme un pays pionnier. Premier pays du « champ » à avoir vu débarquer les « spécialistes » français de la guerre révolutionnaire, dès le milieu des années 1950, il est aussi le premier à se voir doté d’une armée nationale et à « bénéficier » de l’assistance militaire technique française. Cette dernière, activée le jourmême de la proclamation de l’indépendance, permet de poursuivre sans transition et, pour encore de longues années, les opérations militaires engagées contre la rébellion upéciste à l’ère du colonialisme direct, inaugurant dans le sang une longue série d’ingérences militaires françaises en Afrique.

Né dans un contexte de guerre, c’est tout le régime du Cameroun « indépendant » qui a été imbibé par les modèles « contre-révolutionnaires ». Les doctrines françaises de contre-insurrection ont muté en système de gouvernement. Quelques mois après l’indépendance, tandis que les opérations de guerre se poursuivaient dans plusieurs régions du pays, une dictature implacable fut installée. Concentré dans les mains du président Ahmadou Ahidjo et de son entourage, mais appuyé par la « coopération » et l’« assistance technique » françaises, le pouvoir camerounais a recyclé les méthodes guerrières utilisées contre les maquis de l’UPC pour les appliquer à tous les « subversifs », c’est-à-dire à tous ceux qui contestaient, ou semblaient contester, les nouvelles autorités. La surveillance, l’endoctrinement et la répression des populations devinrent des habitudes. Et l’exception, la règle. Les Camerounais, qui s’étaient passionnés pour le projet émancipateur de l’UPC dans les années 1950, furent sommés de rejeter leurs « mauvais penchants » et de transférer leur enthousiasme sur le parti unique d’Ahmadou Ahidjo. Lequel, vampirisant l’héritage upéciste, s’octroya le titre de pionnier de l’indépendance… Purgé de ses éléments « subversifs », appelé à traquer en son sein la moindre « déviance », sommé quotidiennement d’oublier ses amours d’antan, le peuple camerounais ne put faire vivre son désir de liberté que dans la clandestinité, dans l’exil ou sur le mode du refoulement.

Le même phénomène s’observe, au même moment, dans les autres pays africains du « pré carré » français. Partout s’installent des régimes à poigne, dont la pérennité est assurée par les accords de défense, de coopération et d’assistance technique auxquels leur parrain français les fait souscrire dès leur accession à l’indépendance, à l’époque exacte où se déroule la guerre du Cameroun. Profondément inspirés par les méthodes militaires de l’ex-métropole, ces nouveaux régimes reçurent pour mission, afin de sauvegarder les « intérêts français » sur le continent, de lutter sans relâche contre leurs ennemis intérieurs, réels ou potentiels, qu’on voulait croire inspirés par les puissances communistes ou, dans certains cas, anglo-saxonnes. C’est un officier du Centre militaire d’information et de documentation sur l’outre-mer (CMIDOM) qui explique le phénomène dans une étude confidentielle rédigée en 1973 : « Formées de personnels transférés de l’armée française, organisées sur le modèle de cette dernière et équipées de matériels cédés par la France, les armées des jeunes États indépendants constituent, au début, les seuls “outils” structurés à la disposition des gouvernants. Héritières en quelque sorte des Forces françaises outre-mer, elles en adoptent aussi une partie des missions traditionnelles, tout particulièrement préserver l’ordre politique et social (issu de l’indépendance) et être prêtes à faire face à la subversion et, éventuellement, à l’opposition politique. […] Avec le temps, la véritable mission de ces armées va évoluer, l’ennemi à craindre étant plus au-dedans qu’au-dehors. Dans plusieurs pays, l’armée jouera un rôle capital dans la direction des affaires du pays. »

Les processus que nous venons brièvement d’évoquer, la transmission au sein de l’armée française des savoir-faire contre-subversifs forgés au moment de la décolonisation, d’une part, et leur utilisation intensive et continue par des régimes africains vassalisés par la France, d’autre part, sont longtemps restés inconnus d’une opinion publique française qui se soucie fort peu du destin de l’Afrique et de la politique qu’y mènent ses gouvernants depuis des décennies. Ce silence entretenu et consenti est une des forces principales du néocolonialisme français en Afrique. La faiblesse des contre-feux et des procédures de contrôle a permis aux dirigeants français de faire passer les dictateurs « amis de la France » pour de fins démocrates, dont les excès de zèle répressif, parfois trop voyants, ne pourraient s’expliquer que par une incorrigible « nature africaine » et par la regrettable inaptitude de leurs peuples à entrer de plain-pied « dans l’Histoire ». Ces arguments ont permis – et permettent encore – à une partie des classes dirigeantes hexagonales de conserver des « liens privilégiés », ô combien rémunérateurs, avec bon nombre de dictateurs, de tortionnaires et de criminels de guerre formés à l’« école française ».

Le silence, cependant, a été partiellement brisé au début des années 1990. D’abord parce que, à la faveur de la fin de la guerre froide, les peuples africains ont saisi l’opportunité pour faire entendre leur colère. Ensuite parce qu’il y a eu le génocide des Tutsis du Rwanda, en 1994, derrière lequel on n’a pas tardé à découvrir de graves complicités françaises. Enfin, parce que des militants, des journalistes et des chercheurs se sont penchés et mobilisés en France pour dévoiler la face cachée de la politique africaine de la France. C’est ainsi que François-Xavier Verschave, président de l’association Survie de 1995 jusqu’à sa mort en 2005, popularisera – le « salopard » !… – le concept de « Françafrique » pour décrire les relations occultes et malsaines entretenues entre dirigeants français et africains. C’est ainsi également que des journalistes ou des chercheurs comme Patrick de Saint-Exupéry, David Servenay ou Gabriel Périès exhumèrent les canaux de transmission qui permirent aux génocidaires rwandais de bénéficier de la part de la France non seulement d’armes, d’appuis logistiques, de soutien moral et politique, mais également de formations auxméthodes d’éradication de l’« ennemi intérieur » forgées et diffusées depuis la période de décolonisation par les autorités politiques et militaires françaises. « Nous avons instruit les tueurs, écrira ainsi le journaliste Patrick de Saint-Exupéry. Nous leur avons fourni la technologie : notre “théorie”. Nous leur avons fourni la méthodologie : notre “doctrine”. Nous avons appliqué au Rwanda un vieux concept tiré de notre histoire d’empire. De nos guerres coloniales. »

La France contre le Kamerun

Kamerun !, pages 26-28.

Il ne s’agit en aucune façon ici de refaire toute l’histoire du Cameroun. Nous cherchons plutôt à comprendre pourquoi les responsables français, de la IVe puis de la Ve République, avant comme après l’octroi de l’indépendance du pays, se sont lancés dans une répression aussi féroce. C’est ce contexte qu’il convient en préalable de brosser à grands traits, tout en présentant l’organisation que nous avons retenue pour ce livre, structuré en quatre séquences chronologiques : 1945-1954, 1955-1958, 1959-1960, 1961-1971.

La raison principale de la hargne française s’appelle, on l’a dit, l’UPC. Créée en 1948 à Douala par quelques « indigènes évolués », comme on les désignait alors, l’UPC constitue dès le départ un des défis les plus sérieux au colonialisme français en Afrique. Elle réclame d’abord la justice, la dignité et l’égalité pour les « indigènes » trop longtemps martyrisés, exploités, abusés. Elle demande aussi la réunification du pays que se sont partagé les Français et les Britanniques, par le truchement de la Société des nations (SDN) après la défaite allemande en 1916, puis celui de l’ONU. S’appuyant sur le statut international du Cameroun qui en fait, avec le Togo, un Territoire à part au sein de l’Empire français, l’UPC exige surtout l’indépendance : affront insupportable pour les Français qui, contrairement aux Britanniques, n’ont aucune intention de lâcher du lest. Malgré les belles paroles du général de Gaulle à Brazzaville en janvier 1944, ils comptent bien s’agripper à leurs « possessions » d’outre-mer pour redorer le blason tricolore, assurer la défense nationale et faire quelques menus profits. Épine dans le pied des colons français, l’UPC se refuse, au contraire d’autres mouvements nationalistes africains, à tout compromis. Sa popularité se consolide, ses mots d’ordre se diffusent dans tout le pays. Elle risque même de faire tache d’huile à travers le continent. La répression française, qui n’est pas d’abord militaire, se durcit. En vain (première partie).

Paris envoie alors, pour se maintenir à Yaoundé, des Hauts Commissaires à poigne. Roland Pré d’abord, un ancien de la Résistance française contre le nazisme, qui voit des communistes partout. Il engage l’épreuve de force en mai 1955 et fait interdire l’UPC. Pierre Messmer ensuite, réputé libéral, mais qui ne craint pas lui non plus de faire couler le sang. Les nationalistes camerounais maintiennent le cap. Dans la clandestinité, le programme – indépendance, réunification, justice sociale – est maintenu. Et s’incarne dans un mot : Kamerun ! Pied de nez aux Français, l’UPC brandit le nom que leurs ennemis héréditaires, les Allemands, avaient donné à ce pays quelques décennies plus tôt, avant son partage entre le Cameroun français et le Cameroon britannique. Pour les Camerounais, le mot devient slogan. Plus qu’un programme, c’est un esprit : celui de la résistance. La France n’y tient plus. Elle frappe, elle tue, elle enferme : en Sanaga-Maritime, mais aussi dans la région que le colonialisme appelle « Bamiléké ». Ses soldats s’y livrent à la torture systématique, pour obtenir des renseignements et semer la terreur. La France veut étouffer l’espoir : Ruben Um Nyobè, leader exemplaire du mouvement nationaliste, est assassiné en 1958 dans les maquis de Sanaga-Maritime (deuxième partie).

Le Cameroun devra suivre le chemin tracé par Houphouët-Boigny en Côte-d’Ivoire et non celui de Sékou Touré en Guinée. Croyant avoir gagné, ou cherchant à hâter sa victoire en leurrant les Camerounais, la France prépare l’accession du pays à une « indépendance » qu’elle s’ingénie au préalable à vider de son contenu. Elle a trouvé en Ahmadou Ahidjo, un petit homme du nord du pays, le polichinelle idéal pour créer l’illusion. La flamme « kamerunaise » résiste encore, pourtant, quoique difficilement. En Sanaga-Maritime, la mort d’Um a presque atteint son objectif. Mais la résistance se poursuit dans cette région aussi, comme dans les régions de Yaoundé, de Douala et du Mungo. C’est surtout dans la région Bamiléké, l’Ouest-Cameroun, que les combats sont les plus acharnés. Entrées en dissidence, les populations de la région participent massivement à l’insurrection. Les autorités françaises, qui ne sont théoriquement plus « chez elles » depuis le 1er janvier 1960, optent alors pour les représailles collectives : les bombardements aveugles sur des villages entiers. C’est la « guerre totale », l’hécatombe. En exil forcé, au Caire, en Guinée, au Ghana, Félix Moumié, président de l’UPC, tente de trouver des soutiens étrangers et d’alerter une opinion internationale, française en particulier, aveuglée par les éclats meurtriers de la guerre d’Algérie. En novembre 1960, les services secrets français dénicheront à Genève une bonne adresse et un bon cocktail, pour lui faire passer l’envie de protester (troisième partie).

Maintenant que ses parrains français ont éliminé ses deux principaux rivaux, Um Nyobè et Moumié, et écrasé la « révolte bamiléké », le « fantoche » Ahmadou Ahidjo peut lever les bras en signe de victoire. La France de Charles de Gaulle et de Jacques Foccart prend toutes les dispositions utiles pour assurer sa longévité. À Yaoundé, les méthodes élaborées pour faire la guerre à l’UPC se transforment en mode de gouvernement. Comme dans les autres pays d’Afrique francophone, l’« indépendance » a enfanté une coriace dictature : une façade derrière laquelle l’ancienne puissance coloniale peut discrètement manoeuvrer. Revenu clandestinement d’exil, Ernest Ouandié, vice-président de l’UPC, cherche vaillamment à rallumer la flamme et à secouer cet état de fait. Mais le contexte est défavorable. À l’intérieur du Cameroun, le contrôle des populations par les forces gouvernementales est maintenant trop serré. Les militants kamerunais s’épuisent. À l’étranger, les soutiens potentiels ont déserté : ils se passionnent maintenant pour le Congo-Léopoldville et les colonies portugaises, ils se mobilisent pour le Viêt-nam… et en oublient les « causes perdues ». Ouandié, de plus en plus isolé, perd le contact avec ses amis exilés. Les tentatives de « deuxième front », lancées depuis le Congo-Brazzaville, échouent lamentablement. Début 1971, Ouandié est fusillé en public par un peloton d’exécution. Le Kamerun a vécu, la Françafrique triomphe (quatrième partie).

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 Bitin Caraibe | 2004 · 2020