Valls en Guadeloupe : réactions du LKP, FPAC et CIPPA

"Quand vous avez 60% des 15-24 ans au chômage..." - E. Domota

LKP, CIPPA & FPAC (COPAGUA, FKNG !, PCG , UPLG)

Valls en Guadeloupe : réactions du LKP, FPAC et CIPPA


"Quand vous avez 60% des 15-24 ans au chômage..." - E. Domota

Le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon), la CIPPA et les organisations patriotiques de la Guadeloupe, réunies au sein des FPAC (Forces Patriotiques, Anticolonialistes et Anticapitalistes : COPAGUA, FKNG !, PCG , UPLG) ne se font aucune illusion sur le court passage du Ministre de l’intérieur, Manuel Valls, en Guadeloupe.

38 homicides depuis le début de l’année. Record national. Pour Elie Domota, porte parole du LKP, "ce ne sont pas des meurtres crapuleux mais plutôt le résultat de la désespérance, notamment des jeunes. Quand vous avez 60% des 15-24 ans au chômage, presque 25% d’illettrisme, aucune perspective pour la jeunesse et que vous ajoutez de la drogue et de l’alcool, vous avez un cocktail explosif. Il ne faut pas s’étonner que la paix sociale en prenne un coup".

Ci-dessous les communiqués de ces différentes organisations.

Déclaration du LKP

A entendre certains journalistes relayant des propos contenus dans un rapport confidentiel du Ministre de l’intérieur (M. Valls), le LKP, le mouvement de 2009, serait la cause principale des violences perpétrées en Guadeloupe.

Ainsi, le puissant mouvement de 2009 porté par des centaines de milliers de Guadeloupéens et soutenus par des millions de terriens, pour l’amélioration des conditions de vie, pour la dignité, pour le respect, pour la formation et l’insertion des jeunes, pour le développement économique et social, pour la baisse des prix des produits de première nécessité et des carburants, pour la justice sociale et l’espérance en une société plus juste et plus équitable débarrassée de la pwofitasyon... serait la cause des faits de violence constatés en Guadeloupe.

Derrière cette affirmation, se cache la volonté de rendre les Guadeloupéens responsables de la situation dans laquelle ils sont en les détournant des causes réelles de leurs difficultés.

Alors, posons-nous les vraies questions. Le valeureux mouvement populaire de 2009 serait responsable :

• Du chômage massif des jeunes de moins de 25 ans qui atteint 60 % ?
• Du taux de chômage de la population active qui atteint 35% ?
• Des licenciements à Auto Guadeloupe, à Rice Quick ou dans le BTP, etc... qui correspondent à plus 20.000 licenciements rapportés à la population active française et qui se déroulent dans l’indifférence des élus, du préfet, de l’Etat et du Ministère du Redressement Productif contrairement à ce qui se passe en France ?
• De l’entrée de la drogue, des armes en Guadeloupe et du développement de la prostitution ?
• De la corruption, de la gabegie, des combines et des magouilles des patrons et des élus ?
• De l’illettrisme qui concerne 20 à 25% des Guadeloupéens ?
• De l’échec scolaire et de l’absence de perspectives pour notre jeunesse ?
• De l’empoisonnement de la Guadeloupe et des Guadeloupéens par la chlordécone et autres pesticides ?
• De la pwofitasyon sur le prix du carburant, sur le prix des produits de première nécessité et du scandale des marges abusives des importateurs- distributeurs ?
• De l’abomination relative au prix, à la production et à la distribution de l’eau potable ? • De la discrimination raciale à l’embauche dont sont victimes les Guadeloupéens d’origine africaine et indienne en Guadeloupe ?
• De la destruction de notre identité culturelle et de nos valeurs traditionnelles ?
• De l’arrivée massive de travailleurs européens sur les chantiers en Guadeloupe et du non respect des lois sociales en vigueur en Guadeloupe ?
• De l’absence de clause d’insertion sociale dans les marchés publics garantissant des emplois aux Guadeloupéens ;
• De la dilapidation des terres agricoles ?
• De l’expatriation de nos jeunes diplômés obligés de faire leur vie ailleurs ;
• Du non-respect de l’Accord Bino, de l’Accord du 4 mars 2009 signés par les Collectivités
« socialistes », les élus, l’Etat et le LKP ;
• Du non versement des charges sociales salariales par les patrons ;
• De la quasi inexistence d‘accord de branche ou de convention collective dans les
branches professionnelles en Guadeloupe ;
• De l’exclusion des syndicats Guadeloupéens des commissions paritaires et autres
conseils d’administration ?
• De la misère et de la pauvreté qui touchent 16% des enfants de Guadeloupe et près de 100 000 personnes ?

Ici en Guadeloupe, ces propos anti LKP et méprisant à l’égard du peuple de Guadeloupe, sont distillés et entretenus par un certain psychologue expert auprès de la cour d’appel.
Chacun comprendra qu’il s’agit là d’une analyse qui relève de la psychologie du kouyon et du mépris envers les Guadeloupéens. Etonnant tout de même de la part d’un psychologue habilité à faire des diagnostics individuels et qui là, se positionne sur un conflit collectif en se permettant même de parler en tant qu’expert auprès de la cour d’appel. Au-delà du problème déontologique posé par cette prise de position, on voit bien qu’il s’agit d’un larbin, véritable auxiliaire de justice, au service du pouvoir colonial.

Nou ja konnet !

La paix sociale peut-elle exister dans ces conditions ? En définitive, ils veulent des Guadeloupéens dociles, des marches-pieds, des bamou qui ne rouspètent pas, qui ne revendiquent pas et qui vivent on men douvan, on men dèyè.

Non ! Nou péké janmé mété a jounou !

Les Guadeloupéens ne sont donc pas dupes. Nous sommes au cœur d’une manipulation des masses visant à discréditer, à diaboliser, à criminaliser et à culpabiliser ceux qui luttent pour une vie meilleure et cela afin de légitimer la répression antisyndicale d’une part et d’annihiler toutes volontés de contestation sociale. Il faut faire peur, il faut terroriser pour mieux domestiquer.

Cette stratégie était utilisée durant la période esclavagiste. Ainsi, quand un esclave osait se rebeller, le maître augmentait les cadences de « travail » en justifiant que c’est l’esclave rebelle qui en était responsable. Quatre siècles plus tard, nous en sommes là.

Non, nous ne baisserons pas les bras-nou péké fè dèyè !
Travailleurs, jeunes, retraites, chomeurs, peuple de guadeloupe
Refusons le mepris - refusons l’indignité

Préparons la mobilisation !

Gwadloup sé tan nou – apa ta yo

Liyannaj Kont Pwofitasyon


Déclaration des FPAC

Depuis quelques jours un tapage politique et médiatique est fait autour de la venue prochaine en Guadeloupe du Ministre français de l’Intérieur, Manuels VALLS, au moment même où celui-ci est suspecté de marcher sur les platebandes du Front National et attaqué en justice par le MRAP pour propos à caractère raciste.

Nombre de politiciens guadeloupéens se sont lamentés des proportions prises par les faits de violence chez nous et ont demandé l’intervention vigoureuse du gouvernement et l’envoi de nouvelles forces de police, en mettant l’accent sur le fait que notre Pays connaissait davantage d’actes criminels que Marseille et la Corse réunis.

Les FPAC disent que :

Comparaison n’est pas raison, et que nos problèmes ne se résoudront pas par la venue d’un pseudo homme providentiel, puisque les causes profondes de cette flambée de violence qui ne sont jamais évoquées sont consubstantielles du fait colonial et donc du système dans lequel nous vivons.

Le corps social guadeloupéen dans sa globalité doit oser faire face à ses responsabilités et trouver lui-même les voies et moyens permettant de sortir de cette impasse mortifère.
Ce n’est pas en quadrillant la Guadeloupe de gendarmes et en transformant de notre Pays en un ‘’Etat Policier’’ que nous résoudrons le moindre problème.
Il nous faut parler vrai aux guadeloupéens et leur dire que nous devons rebâtir notre société dont les fondations s’écroulent.

Les FPAC affirment :

Qu’il nous faut inventer d’urgence un modèle de société qui nous sera spécifique et qui implique une véritable révolution dans nos mentalités et dans nos comportements.

Qu’il nous faut nous ressaisir et constater que du fait de l’occupation accélérée de notre Pays, les guadeloupéens et les jeunes en particulier se sentent de plus en plus exclus de leur propre terre, de leur propre territoire, et cela à tous points de vue.

Qu’il nous faut refonder la relation parents enfants et aussi la relation adultes et jeunes qui évoluent au sein d’un même Pays dans des univers séparés et conflictuels.

Qu’il nous faut prendre et assumer nos responsabilités, dans tous les domaines qui déterminent notre vie de Peuple, et rejeter systématiquement ceux qui, étrangers à nos réalités, prétendent penser et agir à notre place.

La VALSE des ministres va continuer et nos problèmes demeureront tant que nous, Guadeloupéens, ne les prendrons pas à bras le corps pour nous atteler à les résoudre.

Fo pa nou lésé pèsonn fè nou pwan dlo mousach pou lèt.

Gwadlloupéyen rouvè zyé a zòt é doubout pou lité !

FPAC : COPAGUA, FKNG !, PCG , UPLG


Déclaration du CIPPA

Plus de trente années d’irresponsabilité politique

Intense agitation du microcosme politique avec l’arrivée du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Sans aucune surprise, nos élus politiques demanderont plus de policiers (avec peu de chance d’être entendus). Pensent-ils sérieusement que le problème de la violence se réglera uniquement avec l’augmentation, éventuelle, des effectifs policiers. Nous en doutons !

I – LA VIOLENCE : un marqueur significatif de la réalité guadeloupéenne.

Aujourd’hui, le quotidien des Guadeloupéens est rythmé par la survenance d’actes violents de toutes sortes : braquages, cambriolages, règlements de compte, agressions envers les femmes, incivilités diverses dans les établissements scolaires. Pas un jour, sans que le sang ne coule, 38 morts violentes dans les quartiers et les villes, mais également 46 morts sur les routes depuis le début de l’année.

Cette escalade de la violence, expression exacerbée d’un mal être général, trouve sa source dans la dégénérescence de la réalité économique, sociale, politique, et culturelle du pays.

- Baisse vertigineuse des activités et chômage en hausse (63 000 chômeurs selon l’INSEE)
- Réduction drastique des transferts publics
- Réduction des possibilités d’investissements des deux Collectivités (à cause de leurs difficultés financières qui vont s’aggraver, encore plus, surtout à partir de 2014, avec la volonté du gouvernement de réduire le déficit de la France).
- Menaces pesant sur les 2 dernières usines sucrières (Gardel et Grande-Anse)
- Échec de la politique touristique : 17 hôtels fermés et des centaines d’emplois supprimés
- Incapacité pour l’agriculture et la pêche de satisfaire aux besoins réels des Guadeloupéens
- Baisse de l’offre de soins, du fait de fermetures d’établissements hospitaliers notamment à Marie-Galante (préconisations de l’ARS –Agence Régionale de Santé- et de la Cour des Comptes)
- Permanence des difficultés pour le stockage et la distribution de l’eau sur tout le territoire
- Absence de débouchés pour les jeunes (60% des moins de 25 ans au chômage) et donc impossibilité pour eux de se projeter dans l’avenir
- Illisibilité des politiques de formation

C’est cette situation qui est à l’origine d’une dualité dans le pays : entre ceux qui peuvent accéder à la société de consommation grâce à un revenu stable et ceux, plus nombreux qui ne travaillent pas, ou épisodiquement.

C’est encore cette situation qui génère certaines frustrations, notamment l’impossibilité de vivre décemment de son travail et plonge bon nombre de Guadeloupéens dans l’aigreur et la désespérance.

Dès lors, dans cette ambiance structurellement explosive, tout peut être prétexte à réaction violente, entraînant souvent l’irréparable.

2 – INADÉQUATION DES POLITIQUES PUBLIQUES APPLIQUÉES EN GUADELOUPE

La Décentralisation (depuis 1982) dans ses Actes I et II, n’a pas permis d’amélioration de la situation globale du Pays Guadeloupe.

L’Acte III, que certains nous présentent comme solution miracle, ne semble pas non plus à l’analyse, porteur d’un quelconque espoir pour les Guadeloupéens

La plupart des élus Guadeloupéens se font les relais de ces politiques publiques désastreuses qui n’apportent rien de significatif au Pays. Les vrais débats, portant sur les véritables enjeux pour sortir la Guadeloupe du marasme dans lequel elle s’enfonce, sont prudemment esquivés.

C’EST L’ÉCHEC SUR TOUTE LA LIGNE.

Cet échec condamne sévèrement et logiquement, celles et ceux qui en portent la responsabilité, du fait de plus de 30 années de clientélisme, de gabegie et d’incurie de la plupart des élus. L’heure est désormais au bilan.

La situation actuelle découle du manque d’imagination de celles et de ceux qui ne nous ont proposé que la défiscalisation comme unique recette pour le développement économique et qui ont assisté, impuissants, à la disparition de nos activités productives et à la montée irrésistible du chômage.

3 – FACE A CELA QUE FAIRE ?

D’aucuns, des plus pessimistes pensent que la situation est désespérée, que nous n’y pouvons plus rien, et que le peuple guadeloupéen ne serait pas prêt à débattre du cours nouveau à imprimer à la situation du Pays pour l’améliorer.

Au CIPPA, nous pensons au contraire que les Guadeloupéens sont parfaitement conscients de la gravité des problèmes économiques et sociaux et de l’impact qu’ils ont sur leur vie quotidienne. Ce qui les déstabilise, c’est la frilosité des femmes et des hommes qu’ils ont mandaté pour la défense de leurs intérêts généraux.

En outre, non n’avons rien à attendre de l’actuel gouvernement socialiste pour le règlement des problèmes fondamentaux de notre Pays.

Comptons d’abord sur nos propres forces, exprimons avec force nos convictions profondes, notre amour de la Guadeloupe, autour de l’émergence d’un Projet concerté et cohérent de Développement global pour le Pays.

Brisons le carcan de l’intégration de la Guadeloupe à l’Union Européenne qui, en l’état, nous livre corps et âme à la mondialisation capitaliste dans sa forme la plus abjecte.

La Guadeloupe regorge de potentialités, les experts du monde entier en attestent ; notre salut passe par la valorisation de ces richesses par nous-mêmes et pour nous mêmes.

Voilà pourquoi nous pensons qu’il n’y a pas d’avenir dans le cadre du statut départemental et que la revendication d’un Statut de PTOM (Pays et Territoire d’Outre Mer) nous permettra de mettre en place notre propre modèle de développement pour faire reculer le chômage et offrir une vraie perspective aux habitants de notre pays.

Wi, nou pé fey.

Nou pa ni dwa kité Gwadloup mô an men an nou !

Mis en ligne par Bruno
 19/10/2013
 https://bitin.fr/caraibe/Valls-en-Guadeloupe-reactions-du.html